Le risque avec la digitalisation est dêtre assailli en permanence par soi-même.

Le risque avec la digitalisation est d'être assailli en permanence par soi-même.

«Avec la digitalisation, le changement est surtout anthropologique. Et c’est ce qui m’intéresse. Le vrai risque d’être assailli en permanence par soi-même» Marc Atallah, directeur à la Maison d’Ailleurs et du Numerik Games Festival.

 

Quelle est votre réaction quand on parle de digitalisation?

La digitalisation est un terme à la mode qui évoque une mutation, un mouvement, même si personne ne connaît le but à atteindre. Quand j’entends ce terme dans des discussions ou consulte des articles relatifs à cette thématique, j’ai souvent l’impression que l’on ne sait pas trop « pourquoi il faut numériser », mais « qu’il faut le faire ».

La digitalisation constitue-t-elle un vrai changement de paradigme dans notre société?

Après l’imprimerie, c’est la deuxième révolution technologique car elle permet une externalisation de la mémoire. Elle libère de la place dans notre cerveau pour fixer des informations sur un support.

Comment appréhendez-vous ce changement?

Le changement n’est pas seulement technologique, mais surtout anthropologique. Et c’est ce qui m’intéresse. Le problème ne réside pas dans la traçabilité ou le respect de la sphère privée mais dans le risque d’être assailli en permanence par soi-même.

Qu’entendez-vous par « être assailli par soi-même »?

Philip K. Dick, dans Souvenirs à vendre, nous parle d’un individu qui devient fou car il n’est confronté qu’à lui-même. La publicité ciblée, en tant que telle, n’est pas dangereuse. Mais elle est problématique dans la mesure où elle ne nous propose que ce que l’on aime déjà, que des prolongements de nos désirs égoïstes. Le risque est donc de se contempler à longueur de journée. De mon point de vue, l’extériorité ou l’altérité sont des valeurs positives. Elles nous permettent la découverte et la possibilité d’évoluer en tant qu’être humain.

Est-ce réellement un problème?

L’humanité passe son temps à changer. Mais il s’agit de réfléchir aux mirages proposés par les technologies. Le numérique nous vante la possibilité d’être partout. Mais être partout avec son smartphone à la main qui vous propose toujours la même chose, c’est être, in fine, toujours à la même place !

Pourquoi sommes-nous si attiré par ces technologies?

Il existe plusieurs théories sur le sujet. La théorie de la haine de soi met en avant le fait que les humains veulent avant tout se fuir. En science-fiction, le mouvement Cyberpunk, par exemple, nous parle d’humains qui se connectent aux machines dans le seul but de s’oublier. La science-fiction a beaucoup à nous dire sur l’avènement de la digitalisation.

À quoi devrions-nous faire attention?

La question centrale est comment gérer cette mutation pour qu’elle soit en accord avec notre conception de l’humain et, pour moi, le point central, c’est la liberté. Dans son dernier livre Les Furtifs, Alain Damasio nous dit que si la technologie est la croix de notre puissance, elle est intéressante. Mais si elle augmente notre puissance, elle est aliénante. À méditer encore et encore.